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Naissance et Essor du GhettoEn 1508, lors de la guerre soutenue par Venise contre la Ligue de Cambrai liant la France, l'Autriche, l'Aragon et les Etats du Pape, de nombreux Juifs quittent la terre ferme, émigrent vers la cité. La République leur acorde alors un droit de résidence officielle, à condition qu'ils ne se déplacent pas durant la nuit. L’immigration juive pouvait en effet être considérée par les Vénitiens comme une menace qu'il fallait contrecarrer. Mais Venise en guerre, ne voulait pas négliger l'apport financier d'un flux migratoire assujetti à des taxes importantes. La solution fut donc de les regrouper impérativement dans la partie nord de la ville, dans le sestiere de Cannaregio. Les Juifs Ashkenazes furent les premiers à s'installer dans le quartier où se trouvait une fonderie de métaux pour la fabrication des canons, dans le Ghetto Nuovo (Geto, ou Ghetto est le mot vénitien qui signifie fonderie). Quant aux Juifs Séfarades qui avaient été chassés d'Espagne, à partir de 1492 en conséquence de la reconquête des rois catholiques, qui parlaient une autre langue et ne voulaient pas cohabiter, ils se virent désigner en 1541, une proche partie du nord, le Ghetto Vecchio, où se trouvait une fonderie désaffectée. | La densité de la population s'éleva très vite, d'autant que la construction de l'église du Rédentore obligea à de nombreuses expropriations dans la Giudecca, conduisant au départ des occupants vers le Ghetto. Ils furent ainsi condamnés à vivre en surnombre dans un quartier insalubre, éloigné des lieux de leur acvité commerciale. Les maisons du Ghetto durent être relevées jusqu'à huit ou neuf étages. Elles restèrent peu agréables sans aucun élément d'ornementation architecturale. Les prix des loyers augmentèrent rapidement. | Bien qu'à peu près tolérés par les Vénitiens du fait de cette localisation, au nord de la ville, les Juifs subirent de nombreuses vexations, telles que le port obligatoire d'un costume distinctif, d'un chapeau jaune (puis rouge) et d'un cercle jaune sur la poitrine, le gialdo. Les murs du Ghetto furent privés de fenêtres qu'on obstrua, sur l'extérieur. Deux portes furent aménagées qui étaient fermées la nuit; on en voit encore les gonds aujourd'hui. Les médecins juifs étaient très appréciés par les Vénitiens. Leur réputation était si positive que leurs étudiants étaient autorisés à fréquenter l'université de Padoue moyennant des droits d'inscription très élevés. Les prêteurs expérimentés étaient très consultés pour des affaires de famille. Même leurs écoles de danse étaient réputées, les Vénitiens les fréquentaient. Au regard de tout cela, l'essor du Ghetto fut rapide. Les ateliers de couture étaient nombreux, ils attiraient les Vénitiennes élégantes qui s'y approvisionnaient en brocarts, soieries, velours. | Les banques assuraient la croissance financière. Les activités s'administraient seules, de l'intérieur. Les écoles talmudiques, les maisons d'édition, les académies devinrent connues de l'Europe entière. Elles étaient financées par les Juifs les plus fortunés et se multiplièrent. Les associations innombrables et les riches scuole soutenaient les évènements de la vie privée et de la vie collective, les jeunes mères, les indigents, les malades étaient secourus. Les funérailles étaient organisées à la charge de ces institutions. Les Juifs ne se sentaient nullement menacés dans leur foi et l'exercice de leurs rites. Les sermons prononcés dans les synagogues étaient écoutés par de nombreux Vénitiens. Cela devint même une mode. | Page Suivante : Une petite République dans la République Page Précédente : Des Vénitiens d'origines diverses
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