Dans les cafés se nouent les intrigues, au Ridotto, il n'y a que des nuits blanches.
Deux cents cafés sont toujours ouverts, ainsi que les casini (petits casinos) où les cavaliers et les dames, se mêlent à toutes sortes d'inconnus. Les églises sont les lieux de rendez-vous mondains. Les parloirs des couvents sont des salons où l'on bavarde en buvant du chocolat. On travaille quand les loisirs le permettent. Tout ce qui est grave perd son importance. Les gazettes apportent leurs provisions de potins. Les écrits de Casanova et de Da Ponte ressemblent à des facéties de comédies. Faire rire est un talent sublime. Les fêtes sont continues. Une élection d'un Doge, le passage d'un prince, l'arrivée d'un ambassadeur, les régates, les processions, tout est prétexte à réjouissance dans les palais et dans les rues, et bien entendu le carnaval qui dure six mois, pendant lesquels chacun va masqué, du Doge aux servantes. On fait ses courses, on plaide, on se rend à la messe, on fait ses visites, on va jouer au Ridotto sous un masque. Ainsi plus de barrières sociales. Ainsi toutes les libertés sont permises. La population pratique des métiers de fêtes : perruquier, couturier, usurier, musicien, croupier, fille galante, entremetteuse. La ville est la plus gaie de l'Europe. L'angoisse est insupportable à ce peuple qui en a trop supporté.
Le siècle de l'Art La peinture Le théâtre La musique La Société |