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Le LidoLes remparts extérieurs de Venise sont constitués par des lidos (lidi en italien) qui ont donné naissance à la lagune. Ce sont des îles étirées dont le cordon fragile est la seule défense de la ville contre la colère de la mer. Dans les textes anciens relatifs à la gestion de la cité, figure l'expression "enceinte sacrée de la patrie", ce qui montre bien l'importance de cette incertaine barrière naturelle pour le devenir de Venise. C'étaient des terres maraîchères et de chasse. Les faucons des Doges y étaient dressés, on s'y entraînait au tir à l'arbalète. On y faisait cantonner les soldats, jusqu'à 30.000, pendant que se préparaient les navires et les équipements. Rares sont les ports qui peuvent se souvenir d'un aussi grand passé. Les milliers de galions et de galères ont fait route vers l'orient en franchissant la passe vers l'Adriatique. L'île, qui fait face à Venise, s'étend sur douze kilomètres de long, pour environ trois à quatre de large. La principale entrée de la lagune est celle qui dessert Venise. C'est "il porto di Lido" protégé par deux longues jetées s'ouvrant sur la mer. San Nicolo Dans la même rue on aperçoit le fort San Andrea (16e siècle). Boutiques alléchantes, restaurants coûteux, hôtels luxueux, casinos somptueux, nigth-clubs à la clientèle illustre, lumières aveuglantes. Celà tout à côté d'une ville médiévale où l'on s'emploie amoureusement à conserver les traces du passé prestigieux, sans faire injure à sa beauté. Les vénitiens se plaisent beaucoup au Lido car ils préfèrent vivre dans le confort moderne. On peut habiter de jolies villas couvertes de fleurs, des maisons de campagne dominant les criques ou de grands immeubles d'où l'on a une vue absolument unique sur la lagune et sur les façades historiques de Venise. Tout le modernisme est là : hôtels, hôpitaux, terrains de golf, salles de sport, cinémas. C'est un lieu parfait de villégiature qui s'est, de surplus, démocratisé. En 1860, du fait de l'intégration de Venise à la nation italienne, le Lido devint une des premières stations balnéaires élégantes en Europe. De cette époque fastueuse, datent les grands hôtels qui se dressent sur la promenade depuis la fin du 19e siècle. Le Grand Hôtel des Bains, évoqué par l'écrivain Thomas Mann dans son livre "Mort à Venise" reçoit une société oisive, huppée, ravie de découvrir de nouveaux sites de voyage. Le film de Lucchino Visconti a concrétisé l'oeuvre de Thomas Mann dans un climat spectaculairement raffiné. L'écrivain et le cinéaste ont merveilleusement rendu le cosmopolitisme mondain des voyageurs d'avant 1914-1918. L'Hôtel Excelsior est également le symbole de la vie balnéaire, le ralliement des privilègiés des plaisirs faciles. Le Casino Municipal qui occupe, sur le Grand Canal le Palazzo Vendramin-Calergi, est transféré au Lido à la belle saison. Les bords de plage où se trouvent les grands hôtels sont privés, mais un passage de neuf mètres de large est autorisé. L'alignement traditionnel et coloré des parasols et les délicieuses cabines de bain numérotées et louées à la saison ou à la semaine, donnent une note des plus gaîment sophistiquée. L'île du Lido est devenue la rivale de la vieille cité, par la passion des gens du 20e siècle pour les bains de mer et de soleil, les jeux de hasard, l'amour des voitures, l'amour du cinéma. Ils aiment la violence des éclairages au néon, les façades illuminées, l'animation tardive des rues. Pour eux Venise n'est qu'une escale vers ce Las Vegas méditerranéen. On pourrait dire, en exagérant à peine, que les touristes se partagent en deux catégories. Ceux qui, résidant à Venise, sont allés au Lido et se sont jurés de ne jamais y revenir et ceux qui sont heureux de séjourner sur les plages, qui ont jeté un oeil sur la rive des Schiavoni et la Piazza San Marco en se promettant de ne jamais plus s'aventurer dans une ville déroutante par son silence, ses éclairages tamisés peu nombreux, ses ruelles obscures et sinueuses à en perdre le nord. Le Festival International d'Art Cinématographique Dès l'origine de sa création la censure bien pensante avait joué un rôle pesant. On a pu voir l'annulation d'une bobine d'un film au contenu jugé trop subversif, le changement exigé d'un titre, l'interdiction pure et simple d'une production contraire à la morale. On se souvient du film de Martin Scorcese, "La Dernière Tentation du Christ" interdit parce que blasphématoire. L'ouverture du festival voit arriver, sous les yeux hypnotisés des habitants, les festivaliers aux casquettes de yachtman, débarquant des moto-taxi, alors que les moins bien lotis se tassent dans les vaporetti. Dés l'arrivée on essaie de louer un vélo indispensable pour se déplacer rapidement, car il faut obtenir les badges, le catalogue des projections et des festivités, il faut aller voir passer les stars, américaines si possible, dont le séjour est de courte durée, il faut essayer de cotoyer les professionnels de la télévision, les journalistes de la RAI. Le Palais des Festivals a trois salles; une quatrième salle de projection se trouve à l'Excelsior. Pour être admis il est important d'avoir le badge qui correspond au film annoncé. Les contrôleurs intraitables n'admettent aucune erreur. Les projections se déroulent tout au long des jours et des nuits sur presque 24 heures. Il faut assister sans faiblir au déroulement des programmes en sélection officielle, évènement spéciaux, films hors compétition, retrospectives, semaine internationale de la critique etc... Il reste alors peu de temps pour aller se restaurer et discuter savamment dans les salons prestigieux ou les petits restaurants agréables et bondés où les repas sont pris au coude à coude. Aura-t-on le temps d'aller dans l'autre Venise à la recherche d'un Véronèse ou d'un Titien dans une petite église du quartier de San Polo ou de Santa Croce? Ira-t-on à la regata storica (régate historique) au deuxième dimanche de septembre, très animée, très bruyante, si l'on trouve une place dans la foule compacte? Lorsque la Mostra s'achèvera, le Lido se videra brusquement, déserté par les festivaliers, les vacanciers; la ville efficace, confortable, continuera de toiser de toute sa modernité la vraie Venise, celle qui a su arrêter le temps.
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