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Licences du 18e

Au 18e siècle, toutes les licences sont permises. La bauta est le truchement de tous les excès. On ne laisse rien deviner de ses origines, de sa condition, de son état. A l'époque où la République amorce son déclin, le carnaval atteint son mythe permanent. La variété des travestissements s'amplifie et va vers le sublime.

Les arlequins arborent des géométries de mille couleurs.

Les collerettes flatteuses apparaissent, les panaches flottent, les franges d'or vibrent, les tulles se soulèvent, les satins miroitent, les bijoux étincellent et cela pendant six mois de l'année.

La comédia dell'arte est une source d'inspiration, d'après ses personnages de Pantaleone, Polichinelle, Fracasse, Colombine, Zerlinette.

Leurs silhouettes insolites sont partout. On marche sur des échasses. Les nez postiches, les bonnets pointus, les kaftans turcs, tout ajoute à la folie.

Giovanni Domenico Tiepolo

Dans les théâtres, tout le monde est masqué.
 
Les jeux d'argent au Ridotto ne sont autorisés qu'aux périodes de carnaval. Le masque y est obligatoire.
 
Les petits casinos sont nombreux dans la ville. On n'y fait pas que jouer. On y dîne, on y organise des rencontres galantes. Ils finissent par être interdits, ce qui a pour sérieux inconvénient d'éloigner les étrangers.
 
Pietro Longhi souligne la grâce charmante des vénitiennes
Les patriciennes somptueusement costumées de tissus d'or, portant diadèmes et lourdes perles, viennent se montrer sur la Piazza qui offre un cadre prestigieux à leur promenade. Pour les voir passer les admirateurs acquittent la location de chaises.
 

Le peintre Giandomenico Tiepolo fixe sur ses toiles les folles farandoles (que l'on voit au musée Rezzonico).

Francesco Guardi peint les regards énigmatiques des visages dissimulés sous les tricornes.

Pietro Longhi souligne la grâce charmante des vénitiennes dans leur cape de dentelle.

Mais les temps changent. En 1805 l'empereur Napoléon, roi d'Italie, met fin par décret aux traditions du carnaval. L'Europe est en guerre.

En 1849 sous la domination de l'Autriche le port du masque ne sera toléré dans la ville occupée que lors de fêtes privées.

Le carnaval vénitien se meurt. Il a vécu durant plus de 800 ans.


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