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Le théâtre à l'italienne

Les théâtres, selon leur hauteur, avaient quatre ou cinq rangées de loges, en étages "à l'italienne". Les propriétaires avaient le bénéfice de la location des loges, qui étaient de bon rapport. Les loges pouvaient également être achetées, et donc revendues, par un office de courtiers.

 
teatroLa gestion du théâtre était confiée à un entrepreneur. Il y avait aussi un impresario chargé du choix des oeuvres du répertoire, du recrutement des acteurs et des chanteurs.

Les compagnies d'acteurs obtenaient des contrats qui assuraient pour chacun sa part sur les bénéfices.

Les acteurs professionnels avaient des emplois fixés selon les rôles habituellement tenus : amoureuse, coquette, vieillard, serviteur, confident, traitre.
L'engagement d'un acteur ou d'une ballerine était une affaire d'Etat qui pouvait remonter jusqu'au Palais des Doges.

L'exploitation économique des salles était rationnellement définie. Elle dépendait du prix des places, peu élevé, et de la périodicité du renouvellement du répertoire.

Les théâtres restaient ouverts tout le temps du carnaval. Ils jouaient tous les soirs. On disait que les gens y passaient leur vie "heureux d'être tous ensemble et mieux qu'à l'église".

Une vingtaine de séances d'affilée correspondait à un très grand succès. Une nouvelle pièce était un évènement. Les auteurs étaient sollicités pour une production rapide. Aussi le plagiat était-il chose courante et nécessaire. Tout était copié, pillé, traduit. Les livrets d'opéra-bouffe et même d'opéra, les tragédies, les comédies s'inspiraient du moindre évènement.

Le respect de la propriété littéraire n'existait pas. Goldoni s'en plaignait. Mais la production ne pouvait connaître de temps mort. Les auteurs menaient une compétition farouche. La guerre littéraire opposait deux écritures : la comédie de caractère et la comédie dramatique et larmoyante. Même pour le répertoire lyrique, cette concurrence existait entre l'opéra et l'opéra-bouffe.

Les rivalités des théâtres suscitaient deux courants qui partageaient la ville en deux camps hostiles, jusqu'aux artisans, les boutiquiers, pêcheurs, gondoliers et toute la plèbe qui en arrivaient à se livrer bataille.

Certains théâtres pouvaient se trouver en déficit car les charges étaient lourdes : salaires des acteurs, des musiciens, des machinistes, des costumiers, l'entretien des locaux et l'éclairage aux chandelles.

Le gouvernement de la République imposait alors le versement d'une caution à chaque nouvelle production.

La situation financière variait avec les saisons qui étaient au nombre de trois: une courte saison en automne, une longue saison au Carnaval et une troisième à l'Ascension.

L'essentiel était de produire du nouveau pour ce peuple qui était artiste, qui aimait le rêve et l'univers merveilleux que seul le théâtre pouvait lui donner.


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