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Murano

L'île de Murano est la plus grande des îles de la lagune ayant dépendu de la République de Venise, très proche, à 1 km 500. Elle fut peuplée en même temps et partagea le même destin. Elle fut même pratiquement indépendante pendant 500 ans, jusqu'à l'arrivée de Bonaparte qui mit fin à la République. Murano est facilement abordable par vaporetto. On peut y aller directement de la station ferroviaire Santa Lucia.

Elle était autrefois couverte de vignes, de vergers et de jardins de plaisance où les aristocrates venaient flâner.

Fondamenta dei Vetrai

Elle est encore dotée d'un phare qui permet aux bateaux naviguant en Adriatique d'entrer dans la lagune par la passe de San Nicolo.

Les principaux lieux de promenade, pour les touristes, sont les deux grandes rues bordées de magasins de verrerie, la Fondamenta dei Vetrai et la Fondamenta Cavour.

Le Musée du Verre (Museo del 'Arte Vetraria) montre la plus grande collection au monde de verreries de Venise.

L'île possède un Grand Canal aux noms divers : Canale degli Angeli, Canale Ponte Lungo, Canale San Donato, Canale San Giovanni, où se mirent de délicieux petits palais (palazzini) du 14e siècle qui servaient de résidences d'été.

L'église Santa Maria
Il faut impérativement visiter, sur son campo et au bord de son canal, le plus bel édifice religieux de l'île et l'un des plus anciens de la lagune, l'église Santa Maria, dont la fondation remonte au temps du refuge des sauniers au 7e siècle. Le sanctuaire dédié à la Vierge porta également, à partir de 1125, le nom de Saint Donat dont les reliques avaient été ramenées de Cephalonie.

Malgré la restauration du 19e siècle, l'église est un superbe exemple du style Veneto-byzantin.

La nef est en trois parties, les colonnes de marbre suivent le plan basilical. Le plafond est en carène de navire (15e siècle). La voûte coiffant l'abside porte la mosaïque de la Vierge Orante (13e siècle).

Le pavement de mosaïque est de 1140. Il montre de beaux motifs animaliers de vives couleurs. La géométrie en pierres dures est de 1149. Elle est l'égale, en beauté, du pavement de Saint Marc.

Elle a été restaurée dans les années soixante-dix par le Comité américain.
Les ateliers de verrerie et le phare de Murano

Sur les façades nues extérieures s'inscrit une abside exceptionnelle où le génie roman a épousé la virtuosité du style byzantin. Il faut l'admirer du Pont San Donato. Deux rangs d'arcades, l'un, aveugle au rez-de-chaussée, celui du premier étage, aux élégantes colonnettes de pierre blanche d'Istrie donnant sur une loggia. C'est un des plus beaux témoignages de ce style ravissant.

Saint Pierre Martyr
L'église paroissiale de l'île est Saint Pierre Martyr (San Pietro Martire) fondée en 1348. Ce fut d'abord un couvent de Dominicains. Ravagée par un incendie, elle fut reconstruite en 1511. L'Empereur Napoléon, roi d'Italie, la fit fermer en 1808 et s'empara de tous ses trésors.

Réouverte en 1813, elle donne l'impression d'un vide total de décoration artistique.

Il reste cependant de magnifiques lustres de cristal et dans la sacristie, des décorations murales relatives à la vie de Saint Jean-Baptiste, par Morendo.

Dans la nef latérale de droite, une oeuvre de Tintoret représente le Baptême du Christ. L'église conserve aussi la Pala Barbarigo, retable de Bellini (1488) où est représenté le Doge Barbarigo agenouillé devant la Vierge et l'Enfant, conduit par Saint Marc, sous le regard de Saint Augustin.

Le Verre de Murano
Il faut souhaiter au promeneur de ne pas limiter paresseusement sa curiosité à l'assemblage assez confus des petites fabriques de verre, sans beauté, qui offrent de la verrerie sans intérêt ni charme, dépourvue de ce qui fut pendant des siècles, un art majeur et unique.

Un atelier de verre de Murano

La visite du Musée de Verre au Palais Giustiani s'impose pour apprendre l'histoire millénaire du précieux matériau.


La renommée de Murano est internationale depuis 800 ans, car elle s'est rendue maîtresse de l'Art du Verre qu'elle détient encore, quoique banalisé, mais toujours prospère.

L'art du verre fut pratiqué, en Europe, dès l'époque romaine. Il s'est sans doute développé à Venise vers le 10e siècle et a pris rapidement une importance, malgré le danger que représentait le fonctionnement des fours (fornace) dans une ville au tissu urbain très dense.


De tous les incendies qui ravagèrent Venise, bon nombre furent attribués aux fournaises.

C'est en 1291 que le gouvernement du Doge décida de déplacer définitivement les fours à l'île proche de Murano.

Ce transfert, outre qu'il faisait éviter les incendies, permettait aussi de mieux préserver les secrets de fabrication d'une verrerie réputée et d'assurer la sécurité des stocks de matières premières dont l'entrepôt portait d'ailleurs le nom de "chambre des poisons".

L'activité de l'île prit vite une dimension industrielle qui lui donna richesse et renommée. Elle devint la grande manufacture du verre et du cristal de Venise.

Murano est alors soumise à de stricts règlements spécifiques en raison de l'importance de cette industrie dans le négoce de la Sérénissime.

Certaines créations furent protégées par une exclusive autorisation de l'Etat vénitien, en raison de l'exceptionnelle qualité du verre.

Même les espions de la République sont interdits d'entrée sur l'île de Murano. D'autre part, tout maître-ouvrier ayant tenté de livrer ses connaissances, hors du petit territoire est arrêté et exécuté.

Cet essor fit gagner à Murano son indépendance politique. Au 13e siècle, la Sérénissime lui accorde la mise en place d'un Grand Conseil, la nomination d'un Maire, la faculté de battre monnaie et la désignation d'un nonce apostolique chargé des relations diplomatiques avec Venise.

Murano mit à profit ses nouveaux pouvoirs pour créer un Livre d'Or (qui est exposé au Musée du Verre) où furent inscrites les vieilles familles d'industriels verriers, comme les Seguso, Barovier, Salviati qui transmettront leurs secrets de fabrication de génération en génération.

Les maîtres-ouvriers verriers détenaient ainsi un titre de noblesse et bénéficiaient de privilèges comme les patriciens de Venise, à qui ils pouvaient donner leurs filles en mariage.

Pendant cinq siècles Murano a été le socle d'une industrie des plus florissantes, rivalisant avec les techniques du cristal de Bohême, qu'elle avait fait espionner. Faut-il rappeler que Colbert, ministre de Louis XIV, fit espionner les techniques de Murano pour la manufacture royale des miroirs de Saint-Gobain.

Les fabriques de Murano, connues du monde entier, qui fournissaient à la Cour de France, à la Cour impériale d'Autriche, aux Cours des Duchés italiens, comme aux palais de Venise les meilleurs lustres de cristal polychrome, les miroirs aux encadrements de verre taillé, finit par dépérir et ne retrouva qu'au cours du 19e siècle un rôle économique meilleur.

Murano qui comptait trente-mille habitants au 15e siècle n'en compte plus aujourd'hui que cinq-mille. La plupart des verriers n'y réside plus.

 

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